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Quelles règles choisir pour le GIEC face aux chercheurs pétroliers saoudiens ?

Les règles de transparence scientifique du GIEC conditionnent la confiance accordée aux scénarios qui orientent la transition énergétique mondiale. Cette exigence devient sensible lorsque des auteurs participent aussi aux activités d’entreprises ou d’instituts liés aux hydrocarbures. Des enquêtes de presse ont relevé des liens entre certains contributeurs du Groupe de travail III et l’industrie pétrolière saoudienne. Ces situations ne prouvent pas une manipulation des conclusions. Elles justifient toutefois des garde-fous publics, précis et applicables avant toute participation aux décisions.

Quelles règles de transparence pour le GIEC ?

  • Les auteurs doivent déclarer publiquement leurs employeurs, financements, mandats et fonctions de conseil pertinents.
  • Un emploi direct dans une compagnie pétrolière crée un conflit potentiel pour les chapitres qui traitent de la baisse des combustibles fossiles.
  • La déclaration d’un intérêt ne suffit pas lorsque la personne peut orienter une conclusion ou valider un résumé destiné aux décideurs.
  • Une récusation documentée, ou le remplacement de l’auteur, protège mieux l’impartialité des travaux.
  • Un registre consultable et un contrôle externe rendraient les décisions de gestion vérifiables par tous.

Pourquoi les liens avec Saudi Aramco et le KAPSARC posent question

Le Groupe de travail III évalue les moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ses chapitres examinent le coût des politiques climatiques, le rôle du pétrole et du gaz, ainsi que le déploiement des énergies renouvelables. Un auteur lié à une entreprise dont les revenus dépendent largement des hydrocarbures peut donc se trouver dans une situation d’intérêt concurrent.

Reporterre a recensé 11 chercheurs participant à ce groupe et présentant des liens avec l’Arabie saoudite ou Saudi Aramco. Le HuffPost évoque, de son côté, au moins une douzaine d’auteurs employés par des acteurs pétroliers et gaziers, des institutions saoudiennes, ou proches de ces structures. Les écarts de comptage reflètent les critères retenus et les périodes observées. Ils convergent sur l’existence de liens avec Saudi Aramco et le KAPSARC qui méritent une publicité complète.

Cinq personnes identifiées sont rattachées au King Abdullah Petroleum Studies and Research Center, généralement désigné par son sigle KAPSARC. Ce centre est financé et présidé par le ministre saoudien de l’Énergie. Mustafa Babiker travaille chez Saudi Aramco depuis 2006, selon les éléments repris par ces enquêtes. Diego Armando Moya-Pinta y est salarié depuis 2022. Ces affiliations ne disqualifient pas leurs compétences. Elles imposent une distinction entre affiliation et conflit d’intérêts fondée sur leurs responsabilités exactes dans le rapport.

Ce que prévoit la politique du GIEC sur les conflits d’intérêts

Le GIEC dispose d’une politique sur les conflits d’intérêts depuis 2011. Elle couvre les membres de ses instances dirigeantes, les auteurs ayant une responsabilité dans la préparation des rapports et le personnel concerné. Elle vise les intérêts professionnels, financiers ou autres susceptibles d’altérer l’objectivité, ou de donner raisonnablement cette impression.

La politique demande une déclaration des intérêts pertinents et prévoit leur examen par un comité spécialisé. Celui-ci peut recommander des mesures de gestion adaptées. Le cadre reconnaît donc les conflits réels, potentiels et apparents. Sa limite tient à la visibilité des décisions prises, souvent moins claire pour le public que les conclusions scientifiques elles-mêmes.

Une déclaration d’emploi ne dit pas si l’auteur a rédigé une partie sur le maintien de la production pétrolière, commenté un texte concurrent ou participé à l’approbation du résumé pour les décideurs. Or, dans un rapport d’évaluation, ces rôles n’ont pas la même influence. La prévention des conflits doit suivre la contribution concrète, chapitre par chapitre.

Des déclarations publiques et des récusations rendent les règles plus solides

Le prochain cycle offre une occasion de rendre les règles plus lisibles avant la publication attendue du septième rapport à l’horizon 2028. Une déclaration publique et exhaustive des intérêts devrait indiquer l’employeur actuel, les fonctions passées récentes, les financements de recherche et les mandats de conseil. La période de référence doit couvrir plusieurs années afin d’éviter qu’un départ récent efface un lien encore pertinent.

Situation examinéeRéponse adaptée
Emploi direct dans une entreprise pétrolièreExclusion des fonctions de coordination sur les chapitres concernés ou récusation formelle
Financement de recherche par une entreprise du secteurDéclaration détaillée et examen indépendant du rôle exercé
Fonction dans un institut public lié à une politique énergétique nationalePublication de l’affiliation et évaluation du risque selon le mandat
Ancien emploi sans lien actuel ni pouvoir éditorialDéclaration conservée, avec mesure proportionnée

La récusation en cas de conflit direct doit interdire la rédaction, la relecture décisionnelle et le vote sur la partie concernée. Chaque déport devrait apparaître dans un document accessible, avec sa justification. Les travaux sur l’effet d’un volcan sur le climat reposent sur des données traçables et discutées ouvertement. Les choix de gouvernance demandent le même niveau de vérifiabilité.

Un registre public des affiliations professionnelles offrirait une réponse simple aux lecteurs, aux journalistes et aux organisations de la société civile. Il devrait distinguer emploi, contrat de conseil, financement, participation à un conseil d’administration et activité de lobbying. Cette précision évite les amalgames tout en révélant les dépendances significatives.

Préserver l’indépendance du Groupe de travail III chargé de l’atténuation

Le groupe de travail III chargé de l’atténuation traite des politiques capables de réduire les émissions dans l’énergie, les transports, l’industrie et l’agriculture. Ses analyses influencent les décisions sur les sorties de combustibles fossiles, l’efficacité énergétique et les investissements bas carbone. Leur robustesse exige que les conflits soient gérés avant la sélection finale des auteurs.

Les gouvernements nomment des experts, puis les bureaux du GIEC sélectionnent les équipes en recherchant équilibre géographique, disciplinaire et de genre. L’indépendance passe aussi par la pluralité des profils. Des chercheurs issus d’universités, d’agences publiques, de pays producteurs et de pays vulnérables peuvent contribuer utilement, à condition que leurs intérêts soient connus et encadrés.

La transparence doit aussi porter sur les commentaires reçus pendant la relecture. Les réponses aux milliers de remarques sont déjà un élément central de la méthode. Rendre plus visible le traitement des intérêts déclarés compléterait cette traçabilité. Les arbitrages sur le stockage, les réseaux et les renouvelables gagneraient alors en légitimité, comme l’explique cette présentation des systèmes de stockage d’énergie par batterie, indispensables à une électricité moins dépendante des énergies fossiles.

Un contrôle indépendant renforce la crédibilité scientifique

Le contrôle ne doit pas dépendre uniquement des personnes qui organisent les travaux évalués. Un contrôle par un comité d’éthique indépendant pourrait examiner les déclarations sensibles, publier ses décisions et vérifier le respect des récusations. Ses membres devraient être choisis hors des équipes d’auteurs et hors des intérêts économiques directement concernés.

Cette instance n’aurait pas à juger la qualité scientifique des publications. Elle vérifierait les procédures, les liens déclarés et la cohérence des mesures prises. Une décision motivée protège les chercheurs honnêtes contre les procès d’intention. Elle permet aussi d’écarter un auteur lorsqu’un intérêt devient incompatible avec une fonction éditoriale.

L’enjeu porte sur l’indépendance et crédibilité du GIEC auprès des citoyens comme des décideurs. Une expertise climatique crédible facilite l’adoption de politiques cohérentes, qu’il s’agisse de sobriété, d’électrification des usages ou de développement des énergies renouvelables. À l’inverse, une opacité persistante nourrit la défiance et sert les stratégies de retardement.

Questions fréquentes sur les règles de transparence scientifique du GIEC

Un chercheur employé par une compagnie pétrolière peut-il contribuer au GIEC ?

Oui, une affiliation pétrolière n’entraîne pas automatiquement une exclusion. Elle doit être déclarée et examinée au regard du rôle confié à la personne. Un emploi direct justifie une récusation ou une incompatibilité lorsqu’il porte sur des conclusions qui affectent directement les intérêts de l’employeur.

Le GIEC interdit-il tous les conflits d’intérêts ?

Le GIEC cherche à prévenir et à gérer les conflits d’intérêts, car les interdire tous priverait les rapports de nombreuses compétences. La règle décisive consiste à identifier les intérêts pertinents, à les publier et à éloigner l’auteur des décisions où son impartialité pourrait être mise en cause.

Pourquoi les déclarations d’intérêts doivent-elles être publiques ?

Une publication accessible permet de vérifier les affiliations sans transformer chaque débat scientifique en suspicion générale. Elle aide aussi à distinguer une expertise fondée sur des travaux publiés d’une influence exercée au nom d’intérêts économiques. Cette transparence renforce la qualité du débat sur la transition énergétique.

Les liens avec l’industrie pétrolière invalident-ils les rapports du GIEC ?

Non, les rapports reposent sur l’évaluation collective de milliers d’études et sur plusieurs cycles de relecture. Des liens insuffisamment encadrés peuvent cependant affaiblir la confiance dans certains passages ou certaines décisions. Des règles de prévention plus strictes réduisent ce risque sans contester le travail scientifique dans son ensemble.

Une expertise utile à la transition écologique doit être exigeante sur ses méthodes autant que sur ses données. Des déclarations complètes, des récusations effectives et un contrôle indépendant permettraient de protéger les rapports contre l’influence réelle ou apparente du lobbying pétrolier.